Évolution conceptuelle de la notion de handicap

L'histoire récente du handicap

Il y a quelques décennies à peine, le handicap était systématiquement considéré comme une caractéristique de la personne : on concevait que la présence de différences corporelles ou fonctionnelles provoquait automatiquement le handicap, l’exclusion ou la stigmatisation. Toute personne ayant une déficience significative était alors considérée comme un « handicapé ». Bien qu’elle soit encore très largement répandue, à partir du milieu des années 1960 cette conception du handicap a été remise en question. En effet, cette représentation réductionniste du handicap a été largement critiquée et on a souligné la nécessité de prendre en compte le rôle des facteurs environnementaux dans le processus de handicap, notamment par l’émergence du modèle sociopolitique du handicap issu du mouvement de promotion des droits des personnes ayant des incapacités.

Le handicap aujourd'hui

Malgré de nombreuses avancées, il n’y a, encore aujourd’hui, pas de réel consensus sur les facteurs déterminants du handicap, notamment en ce qui concerne l’environnement. En fait, il serait plus juste de dire qu’une amorce d’entente a émergé au cours de la dernière décennie quant à l’importance de l’environnement, mais que la discorde se situe par rapport au rôle exact joué par ce facteur et la nécessité ou non de le considérer comme un domaine conceptuel obligatoire à inclure dans le processus de construction du handicap.

Le changement de perspective du modèle social du handicap est radical par rapport au modèle individuel situant le problème à régler et la responsabilité du changement chez le corps différent. La position du modèle social est claire et met la priorité sur l’environnement puisqu’il refuse d’expliquer les inégalités sociales, l’exclusion de la vie ordinaire et citoyenne, la pauvreté et la désaffiliation sociale comme des conséquences inhérentes aux déficiences définies comme caractéristiques anormales des personnes en tant qu’individus. Il porte notre attention sur la production sociale du handicap présenté comme un construit historique et culturel. Ce seront les structures sociales et économiques de sociétés particulières qui, par des processus institutionnalisés d’oppression, d’exclusion, de dévalorisation, d’invalidation, créent le handicap.  Celui-ci se traduit par des restrictions à la participation sociale, un accès limité aux conditions de survie et d’épanouissement ou aux droits garantis à chacun des citoyens valides.